LE VAISCEAU « FAON-TOM »

A force d’affronter vents et marées avec mes femmes, je suis polydames, je décidai donc d’offrir à l’équipage des vacances bien méritées à Hawaï. De retour de mon « Archi-pelle » natale où je pu ainsi creuser mon archi – trou pour y enterrer profondément l’un de mes butins, j’étais complétèrent « jet-larguée » par le « décalquage horaire »! En biche pirate assumée, je ne pus par conséquent m’empêcher une halte nécessaire au cœur des Caraïbes, l’occasion de rendre visite à quelques connaissances flibustières et boucanières dans leur repaire. L’océan était déchainé, j’étais en colère mais parvins à rester Pacifique jusqu’à la traversée du Canal de Panama où je faillis faire une « crise d’isthme ». Nous amerrîmes donc chez nos soeurs de la côte, et après un « velouté d’Antilles corail – curry – lait de coco » revigorant nous « évoqu-âmes » le temps d’un blanc – manger alors à la chandelle au fond d’une crique avec beaucoup de punch et de nostalgie nos plus beaux souvenirs de coureuses de mers et de jupons.

Mais au palmarès rutilant de nos superbes conquêtes jamais égalées, demeurait cependant invaincu et introuvable cet ennemi redoutable, un invincible pilleur du Nouveau – Monde, un authentique galion espagnol : « Le Vaisseau Faon – Tom », véritable ectoplasme des brumes, légendaire simulacre camouflé des écumes.

Comme pour tout grand redresseur de torts et de travers, il fallait pour Waïkiki Biche « que justice soit fête »! La beuverie avait assez duré, il était à présent temps de laisser place à l’orgie! Ivre d’aventure, je « haussai le tonneau », je « décibelai », bref, je montai le son et décidai en criant bien haut, je hissai pavillon noir que claque mon étendard, et armai les voiles.

Jambe de bois bravant les interdits, je pris la Route du Rhum à contre sens, « à mes rixes et barils! »… Chapeau au vent, perroquet juché sur l’épaule, mousquet fumant dans une main, crochet remplaçant l’autre perdue au combat et sabre d’abordage prêt à dégainer, je mis le cap sur « bonne espérance » sans faire de détour inutile par le promontoire patronymique. Je dus toutefois consulter à plusieurs reprises les orages. Ereintée, énervée mais déterminée, mon « Kourou » était à son comble lorsque je longeai les rives guyanaises! Je lançai alors par dessus bord à Ouranos « Ne prends pas ton air de Zeus! », qui finit par me répondre dans un hurlement fracassant, déchirant de ses lumières subliminales l’obscurité des cieux : « Deymes – erdes toi! »…  Message crypté bien reçu, je pris la « foudre d’escampette » et retrouvai mon calme sur le pont. À bord, pour ne pas perdre la voie et que mes canailles m’écoutent, il fallait que ma gouverne aille !

Je mouillai l’ancre et nous nous retrouvâmes dans un tripot grouillant de forbans qui sentaient bon l’odeur de la sueur, de la poudre et du sang. Nous bûment à l’unisson quelques canons. Le ratafia brûlait bien nos gosiers et la bière était divine! Aussi, après moult sornettes et balivernes de quelques matelots ralentis par les flots d’alcool, vigies-lentes et quartiers – maîtres déjà à moitié assommés sur des barriques, je sondai encore quelques mousses au fond de la taverne moyennant quelques matabiches.

Après une courte nuit passé à m’encanailler dans le plumard d’une inépuisable maîtresse d’armes, une bombe canonnière, je repris la barre rapidement et tirai un dernier coup en l’air avant le départ de la grève. Quittant le port, il nous fallut à présent emprunter les canaux. Fuyant les mers, « Le Vaisseau Faon – Tom » se cachait désormais reculé dans les terres!

Pris d’assaut par un des derniers armateurs corsaires français du XIXème siècle, contraint à « se ranger », le mythe était devenu « sur la faim » un restaurant club – house qui fit naufrage. Resquillé, racheté puis restauré en 2009, il coula de nouveau deux ans plus tard. Il croupit à présent, ses vieux jours véreux baignés dans un écrin de verdure.

Je ne trouvai donc point d’or dans les soutes mais revint plein de scintillants souvenirs et trésors photographiques au fond de ma boîte noire à tête de mort…

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